A song comes out of each object. The artisan has sealed up inside it a bit of his body, which had known love intimately, then had lived with disease for a long time, unless it was simply done in by old age. Song of wood, of steel, of copper. Across the centuries one can hear the executioners guffaw, the girls laugh in a wild voice, the madwomen bleat, the child warble. The object does not disappear. So many random things can be found in the pockets of travellers: pen knives, small notebooks, a miniscule screw forgotten during some disassembly, a twist of string, a few carrot or parsnip seeds, the same seeds that the man, when he was home and leaning over the earth, scattered into the furrow he’d dug in the planting bed of his enclosure. The horizon dissolves before the eyes of the walker. He’s carrying so many secrets in his head, the afterlives of love, desires that are concrete for an instant but then evaporate, while the object, even if he has forgotten it, remains in his pocket like a talisman. Sorting one day through old clothes that our body, weighed-down and watched from afar by death, no longer fits, we find the cogwheel of a delicate machine and struggle to recall its use. We turn it over and over in our fingers while in the distance a storied sun goes down.
[Un chant s’élève de chaque objet…]
Un chant s’élève de chaque objet. L’artisan y a enfermé un peu de son corps qui avait bien connu l’amour, puis avait porté longtemps une maladie, à moins qu’il ne se fût simplement éteint de vieillesse. Chant du bois, de l’acier, du cuivre. On entend à travers les siècles ricaner les bourreaux, les filles rire d’une voix sauvage, les folles bêler, l’enfant gazouiller. L’objet ne s’évanouit pas. On trouve de si multiples choses dans les poches des voyageurs : des canifs, de petits carnets, une minuscule vis oubliée lors d’un démontage, un bout de ficelle entortillé, quelques graines de carottes ou de panais, de ces mêmes graines que l’homme, alors sédentaire et courbé vers la terre lançait dans le petit sillon qu’il avait creusé dans la plate-bande de l’enclos. Devant les yeux du promeneur, l’horizon se dilue. Lui, porte en tête maint secret, des restes d’amour, des désirs un moment consistants, mais qui s’évaporent tandis que l’objet, même s’il l’a oublié, reste en poche comme un talisman. Fouillant un jour les vieux vêtements dans lesquels notre corps alourdi et guetté, fût-ce de très loin par la mort, n’entre plus, on retrouve le rouage d’une frêle machine dont on doit faire effort pour retrouver l’usage. On le retourne longtemps entre ses doigts alors qu’au loin se couche un soleil d’histoire.
